Quels sont les bons réflexes pour acheter, gérer et assurer une collection ? Sophie Clauwaert, Art Advisor chez Puilaetco, et Éric Hemeleers, CEO d’Eeckman et Chairman de PatrimOne Group, sociétés spécialisées en assurance en art et patrimoine, partagent quelques conseils.

Une œuvre d’art, une émotion, une rencontre… le premier achat est souvent mu par le cœur et la passion. « Mais dès le deuxième achat, la question de la confiance apparait », relève Sophie Clauwaert. « D’une part, la confiance en soi : Est-ce que je fais le bon choix en achetant cette œuvre ? ; Ais-je les moyens de collectionner ? Et d’autre part, la confiance dans le marché de l’art : Quel est le juste prix de cette œuvre ? ; Qui peut m’informer sur sa provenance ? ; Quels sont les pièges à éviter ? ».

La partie visible du marché de l’art est estimée à près de 60 milliards de dollars par an. Les transactions privées restent, quant à elles, confidentielles. Ce marché peu transparent fonctionne avant tout en réseau et repose sur des relations de confiance qui se construisent au fil du temps. « Pénétrer dans cet écosystème et s’y orienter n’est pas si simple et nécessite souvent l’aide d’un initié qui vous ouvrira les bonnes portes », confirme Éric Hemeleers.

Acheter sereinement

Sophie Clauwaert conseille aux collectionneurs novices de nourrir leur culture artistique en visitant des musées, des expositions, des galeries et des foires. Puis de se documenter sur les artistes qui ont retenu leur attention. « Lorsque l’on se sent prêt à acquérir une œuvre, il vaut mieux se fixer un budget maximum avant de se rendre dans une galerie ou un salon pour éviter que la passion entraine une dépense excessive. Il arrive en effet que certains collectionneurs se laissent emporter par un coup de cœur en foire ou en salle de vente, sous la pression du moment. De manière générale, il est aussi utile se faire épauler par un conseiller en art pour évaluer la cote d’un artiste, vérifier la documentation d’une œuvre, découvrir de nouveaux artistes ou encore, en savoir plus sur les tendances du marché. »

The Rooms

Michaël Marque (Director of Business Development chez Puilaetco, modérateur de l’événement), Éric Hemeleers (CEO d’Eeckman et Chairman de PatrimOne Group) et Sophie Clauwaert (Art Advisor chez Puilaetco), lors de la conférence « Collectionner avec confiance : expertise, réseau et assurance », donnée chez Puilaetco, en marge du salon The Rooms 2026 au Mix de la Royale Belge.

Se projeter dans le futur

Chez Puilaetco, les clients qui le souhaitent peuvent faire appel à Sophie pour un conseil ou une mise en relation avec un expert. Elle couvre l’entièreté du cycle de vie d’une collection, de l’achat à la revente ou à la transmission, en passant par la gestion (par exemple, établir un inventaire, effectuer un prêt à un musée ou faire restaurer une œuvre).

L’acquisition ou l’héritage d’œuvres d’art, entraine une certaine responsabilité : « Le collectionneur est en quelque sorte le dépositaire de l’œuvre et a le devoir moral de la préserver et de la transmettre aux générations futures », déclare Sophie. « La partie documentation de la provenance est, par ailleurs, devenue cruciale pour ne pas transmettre de cadeaux empoisonnés à ses héritiers. Je pense ici à l’aspect fiscal et à la possibilité de revendre des œuvres : les maisons de vente exigent une traçabilité et les banques un justificatif de l’origine des fonds ».

Assurer en confiance

Qui dit collection ou œuvres de valeur (financière et sentimentale), dit assurance spécialisée « tout risque sauf ». Contrairement à une assurance habitation classique, elle permet de lister la valeur agréée de chaque œuvre et de couvrir la plupart des risques spécifiques aux œuvres d’art.

« La confiance mutuelle est essentielle dans notre métier puisque l’assureur s’engage vis-à-vis de l’assuré à être à ses côté le jour où il y aura un dommage. Dans un marché de niche tel que celui de l’assurance d’œuvres d’art et de collections, tout le monde se connait. La réputation est donc primordiale », rappelle Éric, qui partage aussitôt une anecdote. « Un jour, je reçois un appel de Suisse pour assurer le transport de deux médailles d’or romaines. Prudent, je demande qui m’a recommandé et je réponds que je vais réfléchir à un devis. Je vérifie immédiatement que la personne mentionnée, qui travaillait au Louvres, connait bien ce Monsieur et elle me rassure en me confirmant qu’il s’agit d’un collectionneur très sérieux. Moins de 30 minutes plus tard, je le rappelle avec un devis. Il est ravi de l’efficacité et me parle alors d’assurer une collection privée entière. La confiance avait été établie des deux côtés. Mon conseil : en matière d’art, vérifiez toujours la réputation de votre interlocuteur, que ce soit un courtier, un assureur, un galeriste, etc. »


La confiance s’acquière de différentes manières : certains collectionneurs se documentent sur base de sources disponibles, d’autres fonctionnent principalement sur la réputation et le bouche-à-oreille. « Bien souvent, ils savent ainsi qu’une œuvre qui les intéresse va accéder au marché bien avant de la nouvelle soit officielle. Et pour cela, il faut faire partie de l’écosystème adéquat », complète Sophie.

Quels sont les points d’attention pour démarrer une collection ?

Le moment de l’achat et le moment de la vente sont des moments de tension ou l’émotion risque fort d’interférer. « C’est un peu comme l’état amoureux, vous pouvez être pris par l’émotion et avoir du mal à prendre du recul. Vous allez aussi être confronté.e à la pression. Les commerciaux vous diront que d’autres acheteurs sont sur le coup. Faut-il les croire ? Là aussi, le lien de confiance avec le professionnel de l’art est important », précise Sophie.

Concernant la question du juste prix, il faut distinguer le marché primaire (vente par l’artiste ou via un intervenant) et le marché secondaire (revente de l’œuvre, souvent par des salles de vente). Les bases de données en ligne, comme artnet.fr ou artprice.com, permettent de se faire une idée de la valeur d’une œuvre à partir des enchères passées. Pour les ventes privées, la partie immergée de l’iceberg du marché de l’art, le réseau est le seul moyen d’obtenir des informations.

Bien sûr, il y a une part de subjectivité dans la définition d’un prix et celui-ci évolue dans le temps. Dans un contrat d’assurance en art, on travaille en valeur agréée (on estime la valeur de remplacement), afin qu’il n’y ait pas de discussions sur la valeur le jour d’un hypothétique sinistre.

« En matière d’art contemporain, la volatilité de la valeur est parfois très importante. Il faut réévaluer régulièrement les œuvres et adapter, si nécessaire, la valeur agréée assurée », averti Éric. « J’ai eu le cas d’un jeune artiste émergent qui exposait dans une galerie que nous assurions, et qui a vendu plusieurs œuvres aux Etats-Unis au cours du mois de l’exposition. Sa cote est montée en flèche et nous avons dû modifier cinq fois la valeur de ses œuvres exposées », se souvient-il. La bonne pratique : réévaluer les œuvres tous les 2-3 ans, et plus souvent dans le cas d’œuvres contemporaines.

The Rooms

The Rooms 2026. Crédit: Stanislas Huaux

À partir de quand faut-il s’assurer ?

Dès que l’on tient à une œuvre. Car les sinistres n’arrivent pas qu’aux autres. Dans 80% des cas, il s’agit d’un dégât accidentel lié à la manipulation de l’œuvre : accrochage, décrochage, transport, chute accidentelle (pensez au ménage, aux enfants qui jouent, aux amis qui ne regardent pas qu’avec les yeux, aux animaux domestiques…). Le vol ne représente pas plus de 10% des sinistres, tout comme l’incendie.

« Plus vos œuvres et collections représentent une part importante de votre patrimoine, au plus il est crucial de bien les assurer. Je note souvent une grande différence entre un collectionneur passionné et un collectionneur-investisseur. Le passionné est en général sensible à tous les aspects de la protection et de la préservation des œuvres, alors que l’investisseur a tendance à considérer que chaque dépense impacte négativement son retour sur investissement », nuance Éric. 

Attention aussi à bien assurer le transport des œuvres (en cas d’achat, de prêt…) et de faire appel à des transporteurs spécialisés. 

Conclusion

Collectionner, c’est entrer en relation avec des artistes, des professionnels, d’autres passionnés. C’est échanger des points de vue et des bons plans, par exemple sur les lieux à visiter. Mais c’est aussi construire une histoire personnelle qui s’inscrit dans le temps et qui peut se transmettre aux générations futures. La recommandation ultime de Sophie Clauwaert et Éric Hemeleers est, vous l’aurez compris : « Si vous investissez en art, jouez du réseau, du réseau, du réseau. »

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