Bilan après la pause estivale

Market Updates

L'essentiel en 30 secondes

  • Les tensions géopolitiques restent un facteur clé pour les marchés, mais la solidité des fondamentaux économiques et la réduction de la dépendance énergétique rendent peu probable une répétition du choc de 2022. 

  • Malgré les incertitudes au Moyen-Orient et les inquiétudes budgétaires aux États-Unis, les bénéfices des entreprises, les investissements liés à l'IA et la croissance résiliente continuent de soutenir les actifs risqués. 

  • Nous conservons une surpondération modérée des actions par rapport aux obligations, privilégions les actions américaines et celles des marchés émergents, et restons optimistes vis-à-vis de l’or dans un contexte de pressions géopolitiques et budgétaires persistantes.

Moyen-Orient

Six mois de conflit

Depuis six mois, le risque géopolitique est revenu au centre des préoccupations des investisseurs. Le conflit entre les États-Unis et l’Iran a perturbé les marchés de l’énergie, les routes commerciales et le moral des acteurs du marché. Les cours du pétrole sont devenus le baromètre en temps réel des événements sur le terrain : ils grimpent lorsque les tensions s’intensifient et reculent lorsque les perspectives d’une percée diplomatique s’améliorent. 

Cela reste important pour l’économie mondiale, bien que dans une moindre mesure qu’auparavant. L’intensité énergétique a baissé d’environ 60 % depuis les années 1970, ce qui signifie que les économies ont désormais besoin de beaucoup moins de pétrole pour générer la même production. 

Malgré tout, le marché pétrolier reste en situation de pénurie. Dans un contexte d’escalades récurrentes, les itinéraires maritimes alternatifs contournant le détroit d’Ormuz ne peuvent pas remplacer entièrement les flux perturbés, ce qui met un plancher sous les prix de l’énergie et, par extension, à l’inflation. Les banques centrales se retrouvent ainsi confrontées à un contexte plus complexe. La bonne nouvelle est que les taux directeurs se situent déjà à des niveaux neutres ou légèrement restrictifs, ce qui rend moins probable une répétition du cycle de resserrement agressif de 2022. 

Aucune des deux parties ne semble avoir de fortes raisons de prolonger le conflit. Les pressions économiques et politiques s’intensifient tant en Iran qu’aux États-Unis. Pour l’Iran, le choc revêt un caractère de plus en plus stagflationniste, l’économie devant se contracter de près de 10 % cette année tandis que l’inflation avoisine les 90 %. Aux États-Unis, la cote de popularité du président Trump continue de s’affaiblir, notamment sur les questions d’inflation et d’économie. Le contraste avec l’ambition « 3-3-3 » du secrétaire au Trésor Scott Bessent est saisissant. Ce plan vise à atteindre une croissance économique réelle de 3 %, à ramener le déficit budgétaire fédéral à 3 % du produit intérieur brut (une mesure de la production économique totale ou du revenu généré par un pays) et à augmenter la production pétrolière américaine de trois millions de barils supplémentaires par jour. Dans le même temps, la dette publique a grimpé à 40 000 milliards de dollars, les prix de l’essence restent élevés, autour de 4 à 5 dollars le gallon, et les taux hypothécaires avoisinent toujours les 7 %. 

L’histoire montre que l’incertitude liée aux élections de mi-mandat aux États-Unis pourrait influencer le sentiment des marchés à court terme, bien que cela ait bien moins d’impact sur les rendements boursiers à long terme. Cela dit, le point de départ reste celui d’une croissance solide. Les investissements liés à l’intelligence artificielle, aux infrastructures et à la défense continuent de soutenir la croissance, tandis que les bénéfices des entreprises continuent de progresser dans toutes les régions. Dans ce contexte, nous restons optimistes vis-à-vis des actifs risqués et, d’un point de vue tactique, nous surpondérons modérément les actions par rapport aux obligations, en privilégiant les actions américaines et celles des marchés émergents.

États-Unis

Que faut-il penser des rachats de bons du Trésor ? 

Le 19 août, le Trésor américain a annoncé qu’il allait au moins doubler le volume de ses opérations de rachat de titres du Trésor à long terme. La justification officielle est simple : améliorer la liquidité et le bon fonctionnement du marché alors que les rendements à long terme poursuivent leur hausse. Selon nous, rien n’indique vraiment que le marché des bons du Trésor souffre d’un problème de liquidité significatif, même s’il est juste de dire que les conditions de négociation en août sont généralement moins liquides que d’habitude. À notre avis, la hausse des taux reflète en grande partie les fondamentaux macroéconomiques. Les prix de l’énergie ont augmenté, l’incertitude budgétaire reste élevée, les émissions obligataires se sont intensifiées et les tensions géopolitiques persistent. 

L’ampleur du programme n’en reste pas moins significative. Nous estimons que ces rachats pourraient absorber environ 15 % de l’émission brute annuelle d’obligations à long terme, ce qui pourrait contribuer à limiter de nouvelles hausses des rendements. Toutefois, ils ne s’attaquent pas aux forces sous-jacentes qui animent le marché et suscitent des inquiétudes budgétaires plus générales. C’est pourquoi nous restons tactiquement sous-pondérés sur les bons du Trésor américain. 

Cette annonce pourrait toutefois avoir des conséquences plus larges sur d’autres classes d’actifs. Premièrement, elle pourrait peser sur le dollar américain, comme nous l’avons observé ces derniers temps. Si les cours des bons du Trésor sont soutenus alors que les fondamentaux sous-jacents restent sous pression, une partie de l’ajustement pourrait se produire par le biais de la devise. Après une période de stabilisation du billet vert, durant laquelle nous étions neutres, nous anticipons donc à nouveau un affaiblissement modéré du dollar américain, favorisé également par la position relative de la Banque centrale européenne (BCE), dont les marchés prévoient désormais un nouveau relèvement des taux d’intérêt (contribuant ainsi à renforcer l’euro). 

Deuxièmement, cette évolution renforce les arguments en faveur de l’or. Les investisseurs continuent de rechercher des alternatives à la dette publique en forte hausse dans les économies développées. Parallèlement, la demande des banques centrales reste forte. Pris ensemble, ces facteurs pourraient soutenir davantage les cours de l’or. Nous maintenons donc notre position surpondérée sur ce métal précieux dans le cadre de notre allocation d’actifs tactique.

Cette semaine

Rapport sur le marché du travail américain, inflation dans la zone euro

Les marchés s'apprêtent à vivre une semaine chargée en données économiques, susceptibles d'influencer les anticipations à l'approche des réunions décisives des banques centrales prévues en septembre. 

La semaine dernière à Jackson Hole, lors du symposium annuel des banquiers centraux, Kevin Warsh, président de la Réserve fédérale américaine, a souligné la stabilité du marché du travail et le faible niveau des demandes d’allocations chômage, tout en insistant sur le fait que les conditions monétaires ne sont pas restrictives, laissant ainsi entrevoir une hausse des taux d’intérêt, conformément à nos prévisions. 

Ainsi, outre les enquêtes ISM sur l’industrie manufacturière et les services (mardi et jeudi), l’attention se portera sur les offres d’emploi (mardi), les chiffres de l’emploi privé ADP (mercredi) et, enfin, le rapport sur le marché du travail (vendredi), qui a généralement un fort impact sur les marchés. Après des données sur l’emploi en juillet plus faibles que prévu, les investisseurs chercheront à obtenir de nouveaux éléments permettant de déterminer si le marché du travail est en train de se refroidir ou si des facteurs saisonniers et ponctuels ont masqué la vigueur sous-jacente de la création d’emplois. 

En Chine, les PMI manufacturier et des services (indices des directeurs d’achat, indicateurs clés de l’activité économique, mardi et jeudi) donneront une vision actualisée de la vigueur de la reprise. 

Dans la zone euro, les chiffres de l’inflation du mois d’août, publiés mardi, devraient révéler une nouvelle pression à la hausse due à la hausse des prix de l’énergie. Un chiffre plus élevé renforcerait les arguments en faveur d’une nouvelle hausse des taux de la BCE lors de sa réunion du 10 septembre, à 2,5 %, ce que nous anticipons désormais. 

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